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Rédacteur correcteur

Je suis rédacteur correcteur. Un peu comme un écrivain public en moins administratif. Je gagne ma vie en corrigeant et révisant des articles ou des manuscrits. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Je vous aide à écrire votre roman ou vos mémoires. Quel que soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous.


Ecrivain, correcteur-rédacteur indépendant pour les entreprises et les particuliers.
Identifiant SIRET 501 498 489 00027

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Samedi 17 janvier 2009

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Mardi 6 janvier 2009

Entrevue chez Wesley (à l’appartement de Wesley)


Les trois télés étaient éteintes maintenant. À la demande expresse du moricaud. Christy était raciste et ne s’en cachait pas c’est pourquoi il avait employé ce terme à dessein. Il avait dit ensuite à Jamil, très doucement, comme lorsqu’on s’adresse à un simple d’esprit : « Je n’aime pas les gens de votre espèce ». L’oriental n’avait pas moufté. Il avait juste répondu en désignant les téléviseurs de sa main gantée de vert : « Éteignez les yeux d’Iblis, je vous prie. Ils brûlent. »

Cette réplique fit ricaner Fulton comme un gosse débile. De ce côté-là, rien n’avait changé. Christy n’éteignit pas les yeux d’Iblis. Il était sur son territoire et entendait bien faire ce que bon lui semblait. Il rétorqua simplement que charbonnier est maître chez lui. Jamil al Farabi prononça une phrase en arabe. Cela sonnait comme une malédiction. Fulton arracha les câbles d’alimentation. Dans sa main, on aurait dit des lanières de fouet. Il planta son regard dément dans celui de Christy et désigna l’Arabe du doigt.

— Quand cet homme-là demande quelque chose, les personnes douées de raison obéissent.

Le regard perdu dans un ailleurs connu de lui seul, Jamil al Farabi dit :

— Ta fortune n’est rien. Son intelligence n’est rien. Je suis le lien. Ne me méprise pas.

Déstabilisé par le comportement incompréhensible de ses deux visiteurs, Christy choisit la dérision.

— N’y voyez rien de personnel. Seulement une vieille tradition coloniale.

L’irlandais approuva. Les gens de l’IRA savaient ce que cela signifiait. Imperturbable, Jamil al Farabi caressait sa barbe impeccablement taillée. Quelque chose de terrifiant agita ses yeux verdâtres cernés de khôl.

— J’ai relu tous les textes sacrés, dit-il enfin. Il y a des plans dans les plans, savez-vous. Jusqu’à maintenant, nos intellectuels – qu’ils brûlent dans les flammes éternelles de notre colère – n’ont détecté que deux degrés différents du Livre. Une vision différente pour un dessein différent, voilà ce que je propose.

— Je ne vois pas le rapport avec l’avenir.

— L’avenir est le projet d’un fou ! La destruction du monde est une absolue nécessité. C’est le seul moyen de sauver ce qui peut être encore sauvé.

— Comment êtes-vous parvenu à cette conclusion ?

— En relisant le Coran de manière différente.

— J’ai lu votre essai, monsieur Farabi. À côté de votre bouquin, Mein Kampf est un recueil de contes de fées.

— J’ai eu la possibilité d’écrire un ouvrage que Dieu me pressait d'écrire.

— Mais à la fin, êtes-vous pour ou contre Dieu.

— Rappelez-vous ce que préconisait votre oncle pour les mourants. Dieu est agonisant et nous n’avons définitivement plus besoin de lui.

— Une fatwa a été lancée contre vous, dit-on. Je ne suis pas étonné.

— Des arriérés mentaux tapageurs se haussant du col ; une dernière fois. Le lion aurait-il peur de l’araignée ?

— Comment le lion compte-t-il s’y prendre pour empêcher l’araignée de tisser sa toile.

— Dans le dessein de la prise du pouvoir global, je vise non seulement à affronter le capitalisme extrémiste, prônant une mondialisation, mais je cherche aussi à réduire l'opposition des forces lucifériennes et des religions intégristes. Mon essai est d’abord un outil pour rallier à notre cause davantage d’adeptes.

Jamil al Farabi développa rapidement son thème de prédilection. Selon lui, les humains sont seuls responsables de la destruction du monde.

— L’humain, créature argileuse et divine, est un virus, comme une moisissure sur la face de la création. Dieu, alors qu’il était encore lucide, a provoqué le déluge, mais depuis il a pris un engagement vis-à-vis de l’homme. En tant qu’être parfait – ce que je conteste – il ne peut pas revenir sur sa parole. Mais nous, nous pouvons l’aider en le défaussant de sa responsabilité.

Cette théorie fumeuse lassait déjà Wesley. Ses motivations étaient plus terre à terre. Que lui importait le sort du monde après tout. Il ne se préoccupait que de son goût pour le pouvoir et Ophélia en le quittant avait gravement endommagé son pouvoir.

— Votre casuistique me fatigue, monsieur. Je vous propose un rafraîchissement en attendant d’aborder des thèmes plus prosaïques.

Christy agita une clochette. Un majordome à la posture victorienne entra et déposa un plateau à alcools. La chose faite, il haussa un sourcil dédaigneux. Raide comme un légionnaire au garde à vous, il attendait d’éventuelles instructions. Christy lui signifia qu’il n’avait plus besoin de rien pour l’instant. L’Arabe esquissa un curieux sourire. Sur le bord du plateau, un verre de thé à la menthe démentait à sa façon les propos xénophobes de Christy. Celui-ci sortit d’une mallette une feuille de papier qu’il déplia. Il lut.

« Lorsqu’un membre est gangrené, il faut le couper. Quand la souffrance d’un malade en fin de vie devient intolérable, il est nécessaire de l’euthanasier. Victime de sa médiocrité, le monde est lui aussi en fin de vie. Déjà retentissent les trompettes du renouveau. Je t’ai choisi, Christy, pour accomplir mon programme. Dans quelques temps, tu seras contacté par d’autres personnes. Sois vigilent. L’heure de la Grande Modification a sonné ». Voilà messieurs, un billet de ce cher oncle Dawson. Je l’ai trouvé dans cette mallette avec le produit que vous savez. J’ai cru comprendre que des informations similaires vous ont été transmises.

— Un coursier m’a remis une sacoche à mon domicile, dit Jamil al Farabi.

— Pareil, grommela Fulton. Avec une instruction supplémentaire.

Wesley attendit des précisions.

— Oui ?

— Ce brigand me recommandait d’utiliser des manières convaincantes si tu te faisais tirer l’oreille.

— Je confirme votre sens de la persuasion, admit Wesley. Je pense que mon personnel survivant vous le confirmerait.

— J’ai contacté Jamil quelques semaines avant vous, reprit Fulton. Pas facile. À cause de la fatwa. Faut dire qu’il n’y va pas de main morte au niveau élucubrations. Mais je reconnais qu’il ne dit pas que des conneries. Bref ! Tout ce baratin, moi, ça me donne soif.

Fulton se servit un de ces whiskies, fallait voir. Sa marque préférée en plus. Il leva son verre et trinqua solitaire en rigolant. Un rire de mauvaise qualité. Un rire de dément assis sur des braises.

— Tonton Dawson nous tient par les couilles. De l’autre monde. La piqûre, les mecs, la piqûre ! Fallait pas tenter le diable. Fallait faire comme les autres. Accepter de se faire larguer et bosser au supermarché du coin en baisant des putes le samedi soir.

Jamil al Farabi dégustait son thé à la menthe en hochant la tête. En comparaison avec les perspectives qu’offrait la grande Modification, l’idée de forniquer à la faveur d’une ivresse hebdomadaire présentait une bien maigre consolation.

Christy demeurait silencieux, il froissa le papier et le roula en boulette dans son poing fermé. Il eut une pensée pour Ophélia. Qu’aurait-tu fais à ma place ?

Fulton dit :

— Tu es risible, l’aristo ! Elle ne reviendra jamais. Elles ne reviennent jamais. Tu pourras récupérer son corps mais pas son âme.

— Qu’est-ce que vous racontez ?

— Je sais tout ce que tu fabriques quand tu te caches dans ta tanière. Je sais que tu parles tout seul. Je sais que tu sers ton polochon en dormant. Tu l’appelles Ophélia, mon dahlia. Ô ma chérie, ô mon aimée. Comment un homme tel que toi peut-il se comporter de manière aussi ridicule, aussi grotesque !

Christy haussa les épaules. La caricature était exagérée.

— L’Irlandais est très ingénieux, dit l’Arabe. Ses génies sont très efficaces.

Impassible, Christy se servit à son tour un porto. Il attendait une explication. Quelque chose ne cadrait pas.

— Vous avez osé poser des micros ? Chez moi, demanda-t-il enfin.

— Mieux que ça.

Fulton claqua des doigts. Quelque chose de bondissant sorti de nulle part et lui sauta dans la main. Fulton la referma et la rouvrit sous le nez de ses deux acolytes. Sa paume abritait une sorte d’insecte vaporeux, incertain comme si ses molécules avaient été à la limite de la désolidarisation, luisant de reflets métalliques. Ça se frottait les pattes arrières. Ça tourna la tête, comme une mante religieuse et sembla regarder Christy. Celui-ci ressentit un frisson désagréable.

— Je te présente « Monpetitdoigt ». Il est très coopératif, me raconte tout. Il te suit depuis ma première rencontre avec ton loufiat. C’est très instructif ce qu’il me raconte.

Christy exprima son dégoût par une mimique évocatrice. Se faire doubler sur son propre terrain. Consternant ! Il allait y avoir de grincements de dents au service de la sécurité.

Jamil al Farabi revint à la charge.

— Avez-vous lu mon livre ?

Heureux de cette diversion, Christy répondit sans hésitation.

— J’ai beaucoup aimé le passage sur Sodome et Gomorrhe. Votre propre Phanerosis est percutant.

— C’est quoi ça ? demanda Fulton.

— C’est la preuve extérieure d’un principe latent. Une manifestation. Le fait de rendre un principe observable si vous préférez.

— Et alors ?

— « Thomas signale dans Phanerosis que El Shaddaï a détruit Sodome et Gomorrhe ». C’était indiqué dans les carnets de l’oncle Dawson. Selon lui, Christy Wesley serait Purple Shaddaï : Fondateur de l’Église du Millenium Revisité.

— Ah ! Oui. Bien sûr. Vous savez moi, les machins mystiques… Et mon petit pote, c’est tout l’effet qu’il vous fait ?

Il déposa le petit appareil sur le plateau. Cela fuyait l’œil, un peu comme ces visions périphériques qui attirent l’attention dans les lieux obscurs pour aussitôt disparaître dès qu’on y fixe son attention.

— C’est une merde sophistiquée, rien de plus, déclara Christy. Une sorte de mouchard. Plus mobile qu’une de mes caméras, je le reconnais, mais, enfin… qu’est-ce que vous voulez qu’on foute d’un mouchard sophistiqué de plus ?

Fulton sursauta. Une lueur meurtrière étincela dans son regard.

— Oh là ! Le prends pas sur ce ton, l’aristo.

— Je le prends sur le ton qui me plait. Je vous rappelle que vous êtes sur mon territoire. Un geste de moi et mes vigiles vous jettent à la rue comme des malpropres. N’oubliez pas qui je suis !

— T’as oublié, je crois, que trois de tes sbires sont passés au mixeur, l’ami.

— Je n’ai rien oublié, croyez-moi sur parole. Vous me répondrez un jour ou l’autre de cette ignominie. Gottun était un ami.

— Et ton garçon de café, tu le fréquentes depuis longtemps ? C’est un ami aussi ?

— Vous plaisantez ! C’est un domestique. Embauché la semaine dernière. Neville, mon majordome habituel, est souffrant.

— Il écoute aux portes.

— Qui ça ? Neville ?

— Ton intérimaire. Il a en ce moment même l’oreille collée à la porte. – L’Irlandais ramassa l’hexapode – C’est une taupe du M.I.6.

— Vous en êtes sûr ?

Fulton hocha la tête en agitant son petit doigt à côté de son oreille. Il fronçait légèrement les sourcils mais ne se départait jamais d’une certaine goguenardise. Soudain, il s’élança hors de son fauteuil, ouvrit la porte à la volée, alpagua le majordome par la cravate et le catapulta en travers de la pièce. L’homme s’effondra sur le plateau à alcools, renversa les bouteilles qui se brisèrent pour la plupart.

— DU SI BON BUSHMILLS ! gueula Fulton. Espèce d’enculé, tu peux pas faire attention.

Stupéfié, Christy Wesley ne comprit pas ce qui se passait. Le larbin tenta de se rebiffer. Une grimace de haine déformait son visage. Il sortit un petit pistolet de sa bottine. L’Irlandais glapit. Il y eut comme une suspension du temps, une paralysie de l’instant présent qui parut interminable. Le type du M.I.6 arma son pistolet. Al Farabi, qui s’était hâtivement reculé dans un coin, chuchota une malédiction. Wesley actionna un biper pour alerter la sécurité. Fulton récita une série de trois chiffres. Il y eut un blanc. Puis…

Le crissement d’un millier de cigales lacéra le silence. Quelque chose comme un friselis électronique à la limite du supportable jaillit de nulle part. Dans la pénombre, Christy crut discerner un essaim d’abeilles qui prenait vaguement la forme d’une silhouette anormalement humanoïde. L’essaim se répandit sur le l’agent du M.I.6. Il y eu une détonation, puis une autre. L’écho d’un millier de dents grinçant sur du sable atténua un râle d’agonie bestial. Du sang gicla, une odeur d’excréments et d’entrailles bouillies se répandit dans la pièce. Christy hurla. Le bourdonnement atteignit une fréquence insupportable. Dans un mouvement de panique, Christy et Jamil refluèrent en catastrophe vers la porte. Un hurlement qui s’enrayait dans un dégueulendo hystérique leur déchira les nerfs. Dans le fond du cabinet, une porte dérobée s’ouvrit à la volée. Lamy et un grand costaud de deux mètres, l’arme au poing, surgirent dans la pièce.

L’essaim se rassembla, s’évapora comme la fumée d’une cigarette dans un courant d’air. L’hexapode se posa délicatement sur l’épaule de Fulton. Christy crut bien le voir hocher la tête.

— Faites nettoyer cette merde, dit Fulton en désignant le tas de viande hachée qui avait été un agent du MI.6.

Dans un coin, Jamil vomissait son thé à la menthe. Christy tremblait de tous ses membres. Il réalisait enfin qu’il valait mieux respecter le pèquenaud irlandais.

- Publié dans : Roman (extrait) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mardi 23 septembre 2008

Les créatures du maïs

 

1967 (encore)

 

— Le maïs, c’est comme une grande mer jaune.

Le gros garçon roux, celui qui était assis sur la margelle du puits, haussa les épaules. C’était un garçon très laid et un peu gras, le visage constellé de taches de rousseur, surmonté d’une tignasse flamboyante. Son sourire édenté lui donné un air terriblement niais. Son père était l’oncle Dawson, gentleman farmer et grand collectionneur de papillons devant l’éternel. Tout aussi laid et un peu plus gras, aussi gras que son compte en banque expliquait le fils déjà grassouillet et fier comme un pou. Lorsqu’il annonçait son statut, il s’amplifiait comme ces oiseaux qui tentent d’attirer leurs femelles en gonflant leur jabot.

L’autre garçon, celui qui était beau et qui attirait toutes les filles du village, releva sa mèche rebelle d’un brusque revers de la tête, renifla et cracha par terre ; pour se donner un genre. Il observa la petite fille à peine née qui venait de proférer cette contrevérité pigmentaire. Il riait aussi, mais d’une autre chose que de la couleur des champs de maïs, ou des cheveux rouges comme un champ de carottes du gros garçon. 

— Ne te moque pas d’elle, gloussa-t-il. C’est un bébé.

— Non ! fit la petite fille. Je ne suis plus un bébé, je suis grande maintenant !

Le gros garçon explosa de rire, se laissa tomber de la margelle et se roula dans l’herbe en agitant ses cuisses comme un crabe sur le dos. Le garçon à la mèche rebelle se dit que le fils de l’oncle Dawson était vraiment une truffe et qu’il ne pouvait décemment pas être son cousin. Il prit la petite fille à peine née par la main.

— Tu as quel âge, Jane ?

La petite cousine expliqua en triturant le bas de sa robe qu’elle avait déjà cinq ans et qu’elle était une grande fille. Elle expliqua aussi qu’elle n’avait jamais vu de champs de maïs mais qu’elle en mangeait très souvent et qu’elle savait bien que le maïs, c’était jaune.

— Et pas vert comme il dit, lui, ce gros patapouf.

Elle désigna Johnny Fat Boy, son cousin de la campagne.

Comme, Christy, le beau garçon à la mèche rebelle, elle habitait Londres. Elle était la fille d’un avocat réputé et sa mère, la sœur de tante Margaret, faisait fantasmer Johnny Fat Boy qui se tripotait le soir en pensant si fort à tante Ann qu’il en souillait ses draps.

Christy ordonna à Johnny Fat Boy d’arrêter de faire l’idiot.

— Jane, est-ce que tu as déjà mangé des carottes. Bien sûr que tu en as déjà mangé. C’est de quelle couleur les carottes ? Orange, bien. Alors viens avec moi, je vais te montrer quelque chose de très intéressant. Ou plutôt non, c’est Faty qui va te le montrer.

— Me montrer quoi, demanda la petite fille à peine née un peu inquiète, ma foi.

Devait-elle faire confiance à ces deux grands dadais qui ne racontaient vraiment que des sottises ? Ils parcoururent quelques dizaines de mètres et arrivèrent au potager. Faty, calmé, lui montra une grande étendue verte moussant dans la brise du soir. Il lui expliqua que c’était des carottes qui poussaient là et qu’on ne voyait que leurs cheveux qui étaient verts.

— La carotte est très frileuse, elle préfère rester dans la terre.

Pas très convaincue, Jane leva les yeux au ciel. Que les grands étaient bêtes. Elle leur parlait de maïs et ils lui montraient des carottes.

— Ne me traitez pas comme un bébé ! Je sais bien que le maïs ne pousse pas dans la terre comme les carottes. Les épis de maïs, ils poussent sur de grandes tiges qui montent très haut et ils boivent les rayons de soleil. C’est pour ça qu’ils sont jaunes.

Faty grogna que sont père était fermier et qu’il savait mieux qu’une petite fille pleurnicharde de la ville ce que faisaient ou ne faisaient pas les plantes. La petite fille à peine née qui ne pleurnichait absolument pas leva la main en signe de protestation, à moins que ce ne fut pour mimer une gifle qu’elle ne donnerait jamais.

— Eh bien moi, je prendrai l’appareil photo de maman et je vous montrerai bien ce que je dis quand je passerai sur la route, là-bas.

Christy leva les bras au ciel, poussa des lamentations à fendre l’âme, lança un clin d’œil appuyé à Faty qui recommençait à ricaner.

— Ecoute-moi bien, petite Jane. Il ne faut surtout pas t’approcher du champ de maïs avec un appareil photo. Tu ferais peur au monstre qui habite là-bas.

La petite fille inclina sa tête sur l’épaule, posa ses petits poings serrés sur ses hanches et toisa les deux benêts de toute la hauteur dont elle était capable.

— Mon père m’a dit que les monstres, ça n’existe pas. Mon père, il dit comme ça que les seuls monstres du monde vivent dans les livres et qu’ils n’en sortent jamais puisqu’ils sont dessinés et que les dessins ça n’a jamais fait de mal à personne.

Faty se haussa du col et expliqua que c’était faux. Qu’il existait des dessins qui pouvaient faire du mal, son père le lui avait dit. Des caricatures, même que ça s’appelait.

Jane leva les yeux au ciel encore une fois.

— Des raquitures, hein ! Tu veux me faire croire qu’il y a des raquitures dans le maïs. Non mais !

Christy qui commençait à se prendre au jeu prit la petite fille par l’épaule, en un geste très protecteur. Il fit signe à Faty de se taire et raconta que les caricatures ne vivaient pas dans le maïs mais dans les journaux et qu’elles ne faisaient du mal qu’aux imbéciles. Sa voix se fit grondante.

— Mais dans le maïs, il y a les…

Il hésita, ne trouvait pas de terme approprié.

La petite fille se moqua.

— Oh lui ! Tu ne sais même pas le nom des monstres qui vivent dans le maïs. C’est peut-être qu’il n’y en pas.

Faty gloussa puis s’étrangla de rire en proférant du même coup un son étrange et guttural. Un son qui raviva l’inspiration déficiente de Christy qui retrouva aussitôt son aplomb.

— Des… goumus, ce sont des goumus. Voilà ! Et ils sont très très méchants. Ils ressemblent à de grandes sauterelles qui auraient dévoré une grenouille et rien qu’à te regarder, ils te donnent des démangeaisons pires que du poil à gratter. Comme ci un grand camion-benne venait te verser une tonne de poil à gratter sur le dos. Alors, tu te grattes, tu te grattes jusqu’à devenir aussi bête que ce gros Faty. C’est terrible.

La petite Jane riait elle aussi maintenant. Ses yeux brillaient de joie à l’évocation de si étranges créatures. Derrière les enfants, un bon rire grave éclata. Ils sursautèrent. Ça rit les goumus ?

— Quelle imagination ! Tu devrais écrire des histoires, mon garçon, fit l’oncle Dawson. Allez vous laver les mains, maintenant. C’est l’heure de la soupe et votre tante va s’impatienter. Et vous savez ce qui risque d’arriver, si elle s’impatiente ? Elle va s’énerver et appeler les monstres du maïs. Hou ! là ! là ! Dieu nous préserve de tes… Christy, comment dis-tu déjà ? Des goumus ? Qui mangent les grenouilles, hein ?

L’oncle Dawson les précéda dans le soleil couchant répétant sans cesse ; les goumus, les goumus, chaque fois riant de plus belle.

Sur le pas de la porte tante Margaret s’essuyait les mains dans un torchon large comme une nappe et se réjouissait d’un tel bonheur. Elle pria pour que cela dure toujours.

 

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Lundi 22 septembre 2008

« S’il est une authentique joie dans la vie, c’est bien celle de se rendre utile à de nobles causes et d’incarner une force de la nature, plutôt qu’une pauvre chose fébrile et égoïste percluse de grief contre un monde qui ne répond ni à ses attentes, ni à ses caprices.

Je pars du principe que ma vie appartient à la communauté tout entière, Aussi longtemps que je vivrai, je considère comme un privilège de faire pour elle tout ce qui est en mon pouvoir. Quand je mourrai, je veux être vidé de mes forces : ce sera la preuve que j’aurai travaillé dur, et que ma vie aura été bien remplie. Je jouis de mon existence telle qu’elle est. Pour moi, la vie n’est pas une petite flamme éphémère. C’est un flambeau splendide que je dois brandir. Je veux qu’il brille de mille feux avant de le transmettre aux générations futures. »

(Georges Bernard Shaw, 1856-1950)

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Samedi 20 septembre 2008

Il y a de cela plusieurs éons, je convoitais un bateau que j’avais remarqué chez le marchand de jouets de Montluçon, boulevard de Courtais, à côté du Cinémonde. (En toute digression, c’est dans ce cinéma que pour la première fois de ma vie – je devais avoir 10 ans – je suis allé au cinéma sans la compagnie d’un adulte avec mon cousin Michel. Nous étions allé voir le Peter Pan de Walt Disney.

Mais revenons à ce fameux jouet. C’était un bateau à moteur qu’on actionnait en tirant sur un câble comme pour les tondeuses. J’ai tellement tanné ma grand-mère Catherine qu’elle a fini par me l’offrir.

Nous vivions à Blanza, un quartier ouvrier de Montluçon, non loin de l’abattoir. Nous habitions une ancienne cité refuge construite après la guerre de 14. J’avais un camarade qui s’appelait Daniel, un grand de 14 ans je crois, moi, j’en avais neuf ou dix.

La cité refuge se situait à une centaine de mètres du canal. Le long des berges, il y avait des lavoirs de bois suspendus par des chaînes aux rives pavées. Il y avait aussi des épaves de péniches échouées. Le canal, déjà à cette époque, ne servait plus guère. Aujourd’hui, il y une rocade à cet endroit.

Nous nous sommes installés sur l’un des lavoirs, et Daniel a mis le bateau à l’eau… qui a coulé comme une pierre sans que l’on sache trop pourquoi. Daniel ne l’avait pas fait exprès, naturellement. Ma grand-mère s’est fâchée et a engueulé copieusement ce pauvre Daniel, péteux comme un chat surpris dans un réfrigérateur. Elle m’interdit ensuite de fréquenter, et j’ai obéi car Mémé Catherine était une femme d’un caractère qu’il ne valait pas trop chatouiller malgré sa profonde grandeur d’âme. Les Polonais sont souvent comme ça.

 

Il y avait dans cette cité refuge beaucoup de nationalités représentées, polonaise par ma grand-mère, espagnole, portugaise et peut-être un ou deux français. Je me souviens de la mère Sanchez, de madame Piat, une très vieille femme au nez cyranesque toujours accompagné d’une chienne noire dénommé Flika et d’un vieux couple d’alcooliques qui vivaient dans l’appartement juste à côté de celui de ma grand-mère. Lui portait toujours une casquette au propre comme au figuré. À l’époque, mon père venait de s’engager dans les CRS. (Avant, il travaillait chez Dunlop, il aurait mieux fait d’y rester et de continuer à jouer de la trompette plutôt que de la matraque). Quelques fois, il engueulait copieusement le vieux bonhomme qui faisait du tapage. Celui-ci, je crois, battait sa femme. Je ne suis pas sûr, mais c’est que j’entendais dire. Ce vieux type traitait mon père de « Ceref ». « Tu me fais pas peur, toi, le ceref ! » Je me souviens de cette phrase qu’il répétait chaque fois que mon père lui demandait de cesser son scandale aviné. Tu parles ! Le pauvre vieux bonhomme ne tenait plus sur ces cannes. Un simple courant d’air l’aurait envoyé dinguer dans les orties.

Il arrivait que je joue aux dames avec lui, dans la cour, certains soirs d’été. Il n’était pas méchant au fond. À l’époque, j’avais 5 ou 6 ans, et je le battais souvent. Je ne sais pas si j’étais un surdoué, mais ce dont je suis sûr, c’est que cet homme-là, imbibé de mauvais vin, perdait ses neurones par grappes de douze.

 

 

 

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