Mardi 5 août 2008
Eh ! Vous allez rire. Il s’est passé quelque chose de troublant. Un peu comme un trou noir mais à l’inverse, (du genre j’étais et maintenant je suis) et quoi de plus agréable qu’une inverse d’était. C’est rafraîchissant et ça rassure les ménagères de plus de cinquante ans. À moins que ce ne soit les mégères de plus de cinq quintaux, je ne sais plus, j’ai un trou. Noir. Et c’est troublant.
J’émerge donc du trou, j’ai les ongles en deuil, une crotte dans l’œil et l’impression fascinante d’avoir un bouquet de cerfeuil planté en plein milieu du crâne ; juste à l’emplacement du chakra aux mille pétales. Ou du chat cradingue (mais néanmoins souriant d’Alice) au mille pédales.
En parlant de chat, je perçois soudain la mine facétieuse d’un lapin en peluche qui me regarde d’un air matois.
— Bienvenue au trente-sixième dessous me susurre-t-il avec, comment dirais-je ? Une sorte d’inflexion à la Marilyne dans la voix.
Je lâche prise. Tout un réseau de tendons et de muscles tendus se remet au boulot. J’ai le goliwok qui ressemble à un ballon de foot garni de billes d’uranium. Je jette un œil alentour ; par pur bonheur, il réintègre sans maugréer sa loge initiale. Je réalise que les frères barmen sont à peu de chose près aussi abrutis que moi.
J’essaie de rassembler mais souvenirs. Mes déjà là, je ressens comme un problème. Je confonds une conjonction de coordination avec un adjectif possessif. Je me gratte les testicules comme tout sombre macho qui se respecte et tente tant bien que mal à remettre mes idées dans l’ordre. Deux ou trois génuflexions de la nuque, deux mouvements de tai shi shuan encouragé par un club de supporters du PSG repentis et me voila d’attaque. Enfin presque !
Voilà que le lapin me refait le coup du ventriloque mais, cette fois, avec la voix de Léon.
J’exprime, avec une vélocité linguistique à nulle autre pareille mes conjectures. Cause toujours. Le lapin me regarde comme si j’étais une pieuvre à moustache relooké par le défunt Zavatta.
— T’as jamais entendu parlé du transfert ? du conneau la bombarde !
Qu’est-ce que vous voulez répondre à « ça ». Dans les deux sens du terme. Déjà que la psychanalyse, moi, je, personnellement (oui, je sais j’ai l’ego boursouflé) j’ai toujours considéré ça comme une arnaque, mais quand ça vient d’un lapin en peluche bleu d’un mètre de haut, permettez-moi de protester.
Le lapin, qui visiblement se contrefiche de mes états d’âme, continue son explication sans s’impliquer.
— Eddy avait de gros problème d’identification paranoïaque et souffrait de trouble oedipien non résolus. Il voulait consulter « quelqu’un », comme disent fréquemment les adeptes du politiquement correct, mais fouillant tous les annuaires de l’Internet et ne trouvant pas de psychologue, psychiatre ou psychopathe dénommé Quelqu’un il s’était livré à son lapin en peluche. Bingo ! Zoputrouille et bargounette ! Transfert.
Moi, vous commencez à me connaître, je lui rétorque que psychopathe, c’est une maladie psychique, pas une profession. Ça vient de pathos et que…
Et le lapin me pose la patte sur la tête avec suffisamment d’autorité pour que je me taise.
— T’es déjà aller voir un ostéopathe ?
Ben oui que je lui réponds en haussant les épaules.
— Et c’est qui qu’avait mal aux os, c’est toi ou c’est lui ?
Bouche bée je reste planté là comme un piquet de grève chargé au Ricard. C’est à ce moment-là que Léon raconte comme dans un rêve qu’on s’est trompé de niveau (à suivre)
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Publié dans : feuilleton
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Communauté : Diaspora Zorange
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Quatre jours plus tard, Charles Lomagne se présenta à la
préfecture. L’huissier le regarda avec un intérêt non dissimulé. Sa fonction ne lui permettait pas de poser des questions, mais ne l’empêchait pas de cogiter. C’est en riant sous cape qu’il
introduisit monsieur le maire de Montmorence dans le petit cabinet. Il n’avait pas été convoqué et son matricule allait chauffer. On ne dérange pas messieurs les bureaucrates comme ça.