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Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

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Lundi 8 septembre 2008

Le visage boursouflé par le mauvais vin et la bière éventée, Arlette arpentait la cité de son pas mal assuré. Elle connaissait l’ensemble des faubourgs populaires comme le fond de cette besace qu’elle portait sous le bras, rapiécée et reprisée jusqu’à l’extrême. Elle ne s’aventurait jamais dans les quartiers huppés. Là-bas, impossible d’aborder les gens. Le passant riche ou pauvre, à sa vue et inexorablement, changeait de trottoir même lorsqu’il n’y en avait pas, quitte à s’embourber dans d’improbables tourbières urbaines.

 

Arlette, lorsqu’elle vous alpaguait, proclamait d’abracadabrantes péripéties de toiture subtilisé par hélicoptère, de chaussures autonomes, de digestion laborieuse et de transit subjugué de querelles intestines. Elle vous crochetait d’une serre d’aigle cacochyme, vous soufflant son haleine fétide en plein visage, postillonnant de juteux postillons sur vos lèvres comme une multitudes d’écœurants baisers de mouches.

 

C’est à cette instant, qu’à l’instar du crapaud, elle se métamorphosait sous vos yeux en une femme ravissante sentant le pain d’épice corsé d’une légère pointe de curcuma. Elle plongeait ses yeux vairons dans les vôtres et, que vous soyez fille ou garçon, vous ressentiez un désir inexprimable déferler en vous comme un tsunami érotique. Vous l’embrassiez !

 

Ce n’est que quelques heures plus tard que vous repreniez conscience, une minable besace sous le coude, une haleine d’ivrogne dans la bouche, rêvant de toitures arrachées et de souliers indépendants. Vos tripes vous arrachait des grincements de dents et votre estomac des éructations pestilentielles.

 

Il ne vous restait plus qu’à trouver une proie.

Par Bruno Michard - Publié dans : Texte intégral - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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