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Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

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Samedi 20 septembre 2008

Il y a de cela plusieurs éons, je convoitais un bateau que j’avais remarqué chez le marchand de jouets de Montluçon, boulevard de Courtais, à côté du Cinémonde. (En toute digression, c’est dans ce cinéma que pour la première fois de ma vie – je devais avoir 10 ans – je suis allé au cinéma sans la compagnie d’un adulte avec mon cousin Michel. Nous étions allé voir le Peter Pan de Walt Disney.

Mais revenons à ce fameux jouet. C’était un bateau à moteur qu’on actionnait en tirant sur un câble comme pour les tondeuses. J’ai tellement tanné ma grand-mère Catherine qu’elle a fini par me l’offrir.

Nous vivions à Blanza, un quartier ouvrier de Montluçon, non loin de l’abattoir. Nous habitions une ancienne cité refuge construite après la guerre de 14. J’avais un camarade qui s’appelait Daniel, un grand de 14 ans je crois, moi, j’en avais neuf ou dix.

La cité refuge se situait à une centaine de mètres du canal. Le long des berges, il y avait des lavoirs de bois suspendus par des chaînes aux rives pavées. Il y avait aussi des épaves de péniches échouées. Le canal, déjà à cette époque, ne servait plus guère. Aujourd’hui, il y une rocade à cet endroit.

Nous nous sommes installés sur l’un des lavoirs, et Daniel a mis le bateau à l’eau… qui a coulé comme une pierre sans que l’on sache trop pourquoi. Daniel ne l’avait pas fait exprès, naturellement. Ma grand-mère s’est fâchée et a engueulé copieusement ce pauvre Daniel, péteux comme un chat surpris dans un réfrigérateur. Elle m’interdit ensuite de fréquenter, et j’ai obéi car Mémé Catherine était une femme d’un caractère qu’il ne valait pas trop chatouiller malgré sa profonde grandeur d’âme. Les Polonais sont souvent comme ça.

 

Il y avait dans cette cité refuge beaucoup de nationalités représentées, polonaise par ma grand-mère, espagnole, portugaise et peut-être un ou deux français. Je me souviens de la mère Sanchez, de madame Piat, une très vieille femme au nez cyranesque toujours accompagné d’une chienne noire dénommé Flika et d’un vieux couple d’alcooliques qui vivaient dans l’appartement juste à côté de celui de ma grand-mère. Lui portait toujours une casquette au propre comme au figuré. À l’époque, mon père venait de s’engager dans les CRS. (Avant, il travaillait chez Dunlop, il aurait mieux fait d’y rester et de continuer à jouer de la trompette plutôt que de la matraque). Quelques fois, il engueulait copieusement le vieux bonhomme qui faisait du tapage. Celui-ci, je crois, battait sa femme. Je ne suis pas sûr, mais c’est que j’entendais dire. Ce vieux type traitait mon père de « Ceref ». « Tu me fais pas peur, toi, le ceref ! » Je me souviens de cette phrase qu’il répétait chaque fois que mon père lui demandait de cesser son scandale aviné. Tu parles ! Le pauvre vieux bonhomme ne tenait plus sur ces cannes. Un simple courant d’air l’aurait envoyé dinguer dans les orties.

Il arrivait que je joue aux dames avec lui, dans la cour, certains soirs d’été. Il n’était pas méchant au fond. À l’époque, j’avais 5 ou 6 ans, et je le battais souvent. Je ne sais pas si j’étais un surdoué, mais ce dont je suis sûr, c’est que cet homme-là, imbibé de mauvais vin, perdait ses neurones par grappes de douze.

 

 

 

- Publié dans : Texte intégral - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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