Mardi 19 août 2008
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Vous vous posez sur votre chaise. Devant un stylo, un ordinateur, un tableau noir avec une craie ou un tableau blanc avec un marqueur. Vous écrivez avec vos mains,
avec votre cerveau pour ceux qui n’ont pas d’âme ou bien même avec votre cœur, pourquoi pas. Vous vous moquez de la soi-disant angoisse de la page blanche, vous vous lancez dans le vide et vous
pleurez, vous gémissez, vous expurgez les mots morts que votre bouche refuse de laisser fuser hors de vous. Au diable, la grammaire, l’orthographe, la syntaxe, les psy et leur croyances à deux
balles, au diable les complexes, les « j’aurais pas dû écrire ça », les « que vont-ils penser de moi » Au diable vauvert ! Que Satan les ait en sa maudite garde. Vous
écrivez et chaque mot que vous couchez sur le papier est un coup de rasoir sur votre peau. Si vous arrivez à ça, vous êtes écrivain !
http://www.dailymotion.com/relevance/search/tuesday%2Bafternoon/video/xokv5_moody-blues-tuesday-afternoon_life
Mercredi 18 juin 2008
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18:38
L'hyperhypotaxe est un procédé qui consiste à insérer des subordonnées en trop grand nombre.
Ainsi, messieurs, lorsque vos épouses vous clament à cors et à cris qu’elles n’auraient jamais dû convoler en injustes noces avec vous, ce bon à rien, ce mauvais
atout, ce pilier de bistrot sans foie (depuis longtemps cirrhosé d’avoir trop siroté) ni loi, ce pourfendeur d’épargne, ce cavaleur estropié et ventripotent qui perd tout sens commun à la vue
d’un juvénile fessier, ce glouton gavé de pizzas et de hamburgers, ce soiffard embièré à chaque match de foot, ce mou du genou qui ne sait ni planter une pointe ni river son clou au malotru du
dessous qui, comme vous à la main trop baladeuse, cet illettré qui ne lit que l’Équipe et Télé Z, celui-ci et encore celui-là, etc. ad libitum…
Eh bien sachez, chers collègues, qu’en ces occurrences hélas trop nombreuses pour certains d’entre nous, nos femmes, sans le savoir, font une hyperhypotaxe.
Mardi 22 avril 2008
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13:39
On me demande souvent d’où viennent mes idées et toutes les loufoqueries que je ponds à longueur de journée. J’aurais tendance à
répondre : de partout et de nulle part. Mon subconscient enregistre une multitude d’informations, ça infuse quelques temps et ça surgit un beau matin comme une bulle à la surface de l’eau.
Ça tient souvent en quelques mots jetés à la hâte sur un calepin. C’est ce que j’appelle le monstre. Charge à moi ensuite de l’étoffer un peu. Je viens de retrouver dans mes archives l’un de ces
monstres. Je vous le délivre tel qu’il a été griffonné je ne sais quand. Dans quelques temps, je vous livrerai le texte achevé.
Bordeaux. Juillet 2057
La troisième division de chars Guépard immobilisé à 20 kilomètres de la ville.
Lieutenant-colonel Fabrice Delorme, commandant en chef de la division. De retour d’Espagne.
Bordeaux occupée par les factions du djihad d’Azraël.
Pas de civils. Ceux qui n’ont pas fuit on été exécutés.
La mission du lieutenant-colonel Delorme, nettoyer le secteur dans un rayon de 15 kilomètres autour du centre-ville.
Le haut commandement n’a pas prévu de négociation.
L’officier de reconnaissance Gendron au rapport.
— D’après nos sources, ils ne sont que quelques centaines embusqués comme des rats dans la ville. Armés jusqu’aux dents quand même. Ils disposent de 450 robots de
combat Destroyer 4e génération, de deux batteries de missiles Stinger et de l’appui des mutants transgéniques génois. Ils ont installé des barrières d’anti-matière sur tous les axes d’entrée de
la ville. Je préconise l’utilisation des nucléaires.
Le lieutenant-colonel Delorme gardait le silence. Il prit ses jumelles à lumière courbe et inspecta l’horizon.
— La ville est en paix, dirait-on. Regardez. Un magnifique couché de soleil. Quelles sont nos chances de ne pas provoquer une réaction en chaîne à cause des
barrières d’antimatière.
— Quasi nulle. Ils utilisent du matériel obsolète. En cas de réaction, les dégâts de dépasseraient pas un rayon de 50 kilomètres. Si nous utilisons les différés,
nous avons le temps de nous éclipser avant le feu d’artifice.
Le lieutenant-colonel Delorme demanda :
— Avez-vous déjà aimé, capitaine ?
— Euh… oui, bien sûr.
Delorme regarda le capitaine Gendron avec un air amusé.
— Non je ne crois pas. Vous hésitez trop. – Il fit une pause. – Mon grand-père et ma grand-mère sont enterrés là-bas, dans cette ville. Ces deux-là se sont aimés
comme vous ne pouvez pas imaginer. Elle est morte le 7 janvier 2034. Il s’est endormi pour ne jamais se réveiller 8 jours plus tard. Le temps d’organiser les obsèques et d’expédier les affaires
courantes. Dans notre famille, leur amour est devenu une légende. Pour notre clan, cette ville est un sanctuaire.
— Je l’ignorais, répondit le capitaine Gendron.
— Attendez.
Delorme sortit de sa poche, un morceau de papier plié et jauni.
— Lorsqu’il lui faisait la cour, ma grand-mère se moquait de lui en lui disant qu’il était aussi romantique qu’une panzer division. Il lui a répondu dans cette
lettre datée du 15 septembre 2007, que pour la rejoindre – à l’époque, ils ne vivaient pas encore ensemble – il stopperait sa panzer division au portes de Bordeaux et que par amour pour elle il
entrerait sans armes dans la ville.
— Je ne comprends pas. Il n’y avait pas de guerre à l’époque.
— Vous êtes un âne. Et vous ne savez pas ce que veut dire le verbe aimer.
— Quels sont vos ordres, lieutenant-colonel ?
— Pas de nucléaires. Nous contournons la ville et remontons sur Poitiers. Que ces affreux du djihad d’Azraël se débrouillent avec leurs mutants. Pour ce que j’en
sais, ils sont suffisamment instables pour se révolter sous peu.
— Mais…
— Rompez.
Lundi 21 avril 2008
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10:11
Voici une observation de tous les jours :
une femme entièrement habillée n’est guère érotique ; mais une femme entièrement nue, non plus ! La femme érotique par excellence est celle qui est en bikini : elle montre
beaucoup mais elle cache l’essentiel ! Et par ce qu’elle montre, elle fait désirer la vue du reste !
Toutes proportions gardées, c’est le même phénomène qui se produit en littérature : la tension dramatique (où plutôt la tension narrative) vient de ce que
l’auteur nous en dit beaucoup, mais quand même pas tout. Et qu’il nous fait désirer, par là, le reste du texte : roman ou nouvelle. Ce qui nous pousse à lire vite jusqu’à la fin, pour
soulager la tension qui nous habite.
(Louis Timbal-Duclaux)